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juillet 24, 2026 2 lire la lecture
On le trouve gravé sur des bagues, des bracelets, des pendentifs dits « vikings » : un serpent courbé en cercle, la gueule refermée sur sa propre queue. On le vend comme un symbole nordique de l'éternité. La réalité est plus intéressante que ça — et un peu plus embarrassante.
Le mot lui-même est grec : ouroboros (οὐροβόρος), « qui dévore sa queue ». La plus ancienne représentation connue ne vient pas de Scandinavie mais d'Égypte : deux serpents encerclant la figure du dieu solaire, dans un texte funéraire du tombeau de Toutânkhamon, au XIVe siècle avant notre ère. Le motif passe ensuite dans l'alchimie gréco-égyptienne : sur un dessin attribué à Cléopâtre l'Alchimiste, vers le IIIe siècle, le serpent entoure trois mots — ἓν τὸ πᾶν, « le tout est un ». Cycle, renouvellement, unité : voilà ce que l'ouroboros signifie, et il le signifie des siècles avant le premier drakkar.
Autrement dit, l'ouroboros n'est pas un symbole viking.
Là où le raccourci devient légitime, c'est que la mythologie nordique possède son propre serpent qui se mord la queue : Jörmungandr, le serpent de Midgard. Fils de Loki et de la géante Angrboða, frère du loup Fenrir et de la déesse Hel, il fut jeté par Odin dans l'océan qui entoure le monde des hommes. Il y grandit tant qu'il finit par ceindre la Terre entière — et, écrit Snorri Sturluson dans la Gylfaginning, « il mord sa propre queue » (bítr í sporð sér).
Le geste est donc attesté, mot pour mot, dans une source du XIIIe siècle. Simplement, les Scandinaves ne l'appelaient pas « ouroboros » et n'y voyaient pas d'abord un emblème d'éternité : Jörmungandr est une créature du chaos, l'ennemi juré de Thor. Les deux doivent s'entretuer au Ragnarök — le dieu l'abat, puis s'effondre après neuf pas, tué par son venin.
Un serpent qui se mord la queue sur un bijou d'inspiration nordique, c'est la rencontre de deux traditions : la forme et le nom viennent de la Méditerranée, l'imaginaire du serpent-monde vient des Eddas. Ce n'est pas un contresens — c'est un métissage, précisément le genre d'échange culturel que les Vikings pratiquaient eux-mêmes, de Byzance à l'Irlande.
Le savoir ne retire rien à l'objet : il lui donne une histoire honnête à raconter. Nos bijoux serpent jouent sur cette double lecture, entre le cycle éternel de l'ouroboros et la menace grandiose de Jörmungandr.
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juillet 24, 2026 1 lire la lecture
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